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À Alain Mabanckou. 

La tête qui tourne.

Est-ce bien Dany Laferrière qui vient vers moi et qui a l’air de vouloir m’adresser la parole  :  bonjour, vous allez bien ?

-Oui, merci, et vous ?  Il acquiesce rapidement de la tête et me donne une chaleureuse tape sur l’épaule puis repart vers le buffet.

C’était bien Dany Laferrière, plus aucun doute. L’écrivain haïtien qui vit entre le Québec et la France, celui qui vient d’être élu à l’Académie Française. L’écrivain qui a écrit son premier roman « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » avec une Remington 22, qui aime l’odeur suffocante des fruits trop mûrs comme la mangue ou la banane. Comme moi.

Quand on se trouve dans mon état d’incertitude, chaque détail compte, ce n’était pas vraiment une tape sur l’épaule, il a serré le dessus de mon bras gauche, ce qui n’est pas exactement la même chose, ce qui pourrait s’interpréter comme : surpris de vous voir ici ou: heureux de vous revoir ou : c’est agréable de vous revoir sur Toulouse ou  bien : j’ai lu vos écrits autobiographiques romancés et je suis en empathie. Me connaissant j’en ai pour plusieurs jours à ruminer ça dans tous les sens, pour tenter d’interpréter ces quelques minutes qui viennent de s’écouler.

 Nous sommes le 25 juin 2016 sur Toulouse, c’est le marathon des mots sur trois jours. J’attendais cette date avec impatiente pour pouvoir,  observer, écouter, m’imprégner, découvrir, savourer et envier sans méchanceté des écrivains et m’imaginer un jour à leur place. C’est bien ça une qualité d’un écrivain, non, celle de l’imaginaire ?

Ecrivain, écrivaine, auteur, auteure que faut-il vraiment dire, depuis que je côtoie ce milieu, j’entends un peu tous les avis mais finalement qu’est-ce que j’en pense vraiment ? Et romancière ? Pourquoi pas romancière ?   

Je fais tout de suite une recherche sur mon téléphone portable pour la définition de romancière et m’assurer ainsi que je ne trompe pas, que c’est bien ça que je souhaite faire jusqu’à la fin de mes jours, écrire.

Je confirme, c’est bien ça. Romancière : celle qui écrit des romans, œuvres littéraires où entrent en grande part l’imagination et la subjectivité.  

Il n’y a que le mot subjectivité qui me fait douter car je ne le comprends pas vraiment. Je renouvelle une recherche et je tombe sur, subjectivité philosophique : qui relève du sujet défini comme être pensant, comme conscience individuelle, par opposition à objectif. Se dit de ce qui est individuel et susceptible de varier en fonction de la personnalité de chacun : une interprétation subjective d’un texte.

Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris, je refais une recherche et tombe sur une définition courte de subjectivité : qui varie selon la personnalité, les principes et les goûts de chacun.

C’est bien plus clair, plus aucun doute, ma conviction est doublement renforcée, j’aimerais être reconnue comme : Romancière.

Maintenant je suis prête, je pourrai aller reprendre une coupe de champagne la tête haute et déambuler dans la salle des Illustres de la mairie de Toulouse et ainsi rejoindre mon amie Monique, poète-romancière, pour qu’elle me présente du « beau monde » comme elle me l’avait proposé à notre arrivée dans la salle mais j’avais refusé à ce moment-là. Ou bien déambuler entre tous ces écrivains reconnus et par la suite m’introduire dans des cercles déjà formés et engager tout naturellement la conversation.

-Bonjour, ah ! Vous êtes bien celui qui a écrit ceci ou cela ?

 Finalement je me suis juste faufilée entre ces littérateurs et je me suis dirigée vers le même serveur qui m’a tendu avec un regard complice une coupe de mousseux, m’a-t-il bien précisé ce n’est pas du champagne. Je ne suis pas étonnée que le serveur ait anticipé mon geste car dès notre arrivée j’ai facilement sympathisé avec les serveurs. Je connais bien le milieu du service ayant été moi-même serveuse dans des restaurants, bars et mêmes sur des avions et ayant servi des plateaux repas aux enfants malades à l’hôpital être aux soins des autres et s’occuper d’eux, ça je connais bien. Le même schéma à tendance à se reproduire quand je me trouve dans ce genre d’événement. Au début je me disais que c’était de la drague de la part des serveurs mais aujourd’hui je m’aperçois que c’est aussi moi qui déclenche ce lien qui se crée entre nous. En une fraction de secondes et avec quelques mots, une blague, un encouragement, des sourires, je fais en sorte de copiner, ça doit me rassurer de me dire que je fais toujours partie de leur camp. Puisque celui de l’écriture est encore incertain.  

Après avoir saisi la coupe de mousseux d’une main et dans l’autre une assiette dans laquelle je mets des fruits, enfin beaucoup de fruits, du melon vert et beaucoup d’abricots, mon assiette déborde, j’en ai un peu honte, cependant personne ne me regarde, sauf les serveurs qui continuent à me sourire en chœur.

Je décide alors d’explorer la salle en dégustant les fruits où viennent aussi des couples, pour y célébrer leur mariage. Pour ma part le marathon des mots me convient parfaitement. Je continue à observer ce qui m’entoure et je m’en délecte. Dany Laferrière se trouve à cinq mètres de moi, il est en grande conversation avec une femme très élégante qui porte une robe verte et un collier de perles. A ce moment-là il ne mange pas de fruits, je me dis que nous aurions pu partager ce pêché mignon ensemble et nous aurions pu remarquer que ces fruits n’étaient ni assez mûrs ni assez odorants. L’idée m’amuse. 

De loin j’aperçois ma Monique qui fait sa vie, espiègle comme une petite fille. Elle est pétillante avec ses beaux cheveux blancs qui brillent, la voici qui revient vers moi. Elle me raconte ses conquêtes littéraires à bout de souffle, je perçois dans ses doux yeux verts fatigués une lueur de fierté, comme celui d’un enfant qui vient de décrocher un bon point. Je l’écoute attentivement en terminant rapidement ma coupe de faux champagne et les derniers abricots fermes que j’engloutie. D’ailleurs le mélange des deux goûts me plaît. Le mousseux qui pétille s’accorde bien à la douceur de l’abricot.

- Je suis quelque peu exaltée quand je raconte à Monique que Dany Laferrière est spontanément venu me saluer ! C’est chouette, non ? Elle sait bien combien ça compte pour moi, cependant je n’entends pas de mots de sympathie de sa part ; comme SUPER Nathalie ! Je ne lui en veux pas, je l’adore. J’aurais aimé parler de ça avec elle pendant quelques instants afin de scruter ensemble ce qui venait de se passer et avoir son avis mais la voilà repartit précipitamment vers le buffet. Quelques minutes plus tard Monique revient vers moi, conquérante et m’annonçant qu’elle avait aussi pu faire la bise à Dany Laferrière. Elle se trouvait en grande conversation avec son ami de faculté toulousaine quand Dany Laferrière s’est joint à eux et tout naturellement ils se firent la bise. Elle semblait tellement heureuse que je mis de côté mon sentiment de ne pas être comprise et me réjouis sincèrement pour elle.

Il y a parfois de la rivalité positive entre nous, je le pense vraiment, cependant je suis convaincue que celle-ci nous stimule. Je suis admirative de cette femme qui malgré son âge et les épreuves de la vie a su garder cette flamme si importante, celle de croire en soi et en ses désirs les plus profonds.

Nous nous sommes rencontrés dans un train qui faisait le trajet de Toulouse vers Montpellier. Elle allait sur Béziers pour une remise de prix. Monique écrit depuis une trentaine d’années en particulier de la poésie. Mon amie est une compétitrice née. Elle participe et elle gagne. Des concours prestigieux comme : Le Jasmin D’Argent – Le grand prix International de l’Alliance Française – L’Académie des Jeux Floraux – Le Concours Louis Amade, entre autres. Malgré toutes ses réussites, elle reste humble.

 Monique me considère comme un écrivain, oui absolument, elle me l’a dit à notre première rencontre.

-       Vous-êtes écrivain m’a-t-elle dit ?

-       Non, pas encore, j’essaie d’écrire, et vous ?

-       J’écris de la poésie.  

Nous étions assise face à face dans ce train du sud, j’écrivais sur la tablette et me dirigeais vers Montpellier pour assister à un atelier d’écriture animé par Carole Menahin-Lilin, une écrivaine talentueuse, un écrivain talentueux ? Que faut-il dire ?

Dans ce train, la poète sortit de son sac à main une poche kraft dans laquelle il y avait un livre soigneusement enveloppé dans un autre sac mais celui-ci en plastique. J’ai eu honte pendant quelques secondes, lisant et enchaînant la lecture de livres, boulimiquement ces dernières années, j’étais bien moins soigneuse qu’elle. Mes livres se trouvant éparpillés dans tous les recoins de ma maison et souvent deux à trois livres mal rangés au fond de mon sac à main.

 Elle me tendit le livre que je saisis et lu à haute voix « La part de l’ombre » Monique Ruffié.

Je la félicitai. Le mot Ombre m’évoqua de la tristesse mais la femme qui se tenait devant moi aujourd’hui ne me paraissait pas triste. Me posant à chaque instant des questionnements au sujet de l’écriture, je repensai à la force des titres et qu’il fallait que je sois vigilante pour mes prochains écrits.

                                                                                                                        

-       Bravo ! C’est une très jolie couverture.

Je fus instantanément frappée par l’intensité du bleu qui se dégageait du regard de cette femme chapeauté.

-       Sur cette broderie j’ai voulu faire revivre les yeux de ma mère décédée me dit-elle.

Ce qui me toucha instantanément et me donna envie de découvrir son ouvrage puisque nous avions un point en commun nos mères parties trop tôt.

-       Est-ce que je peux me le procurer facilement ?

-       Oui, bien sûr.

Je notai les références.

-       Le mien aussi vous pourrez vous le procurer sur le net.

-       Ah ! s’exclama-t-elle enthousiaste ! vous avez bien écrit un livre, vous êtes bien écrivain, je le savais, j’en étais sûr me dit-elle dans la joie !

Elle nota à son tour le titre de mon premier ouvrage «  Parfums D’infancia » et je m’empressai aussi de lui dire que sur sa couverture se trouvait aussi la photo de ma propre mère.

 L’écriture avait sûrement réussi à sécher nos larmes mais nous étions tout de même deux âmes orphelines qui se rencontraient dans un train.   

Je commençai à lui raconter ma vie. Franco-brésilienne, je vis en France depuis une dizaine d’années, j’ai habité au Chili, en Colombie, en Irak, au Mexique. Nous avons suivi mon père ingénieur dans tous ses déplacements en tant qu’expatriés. Monique me regardai et avait l’air ravie ce qu’elle venait d’entendre. Moi aussi, me dit-elle avec un large sourire. J’ai aussi habité en Colombie et au Chili et aussi en Uruguay et en Argentine !

 Cette rencontre commençait à me paraître formidable. Ce n’était pas commun que se croisent des expatriées écrivaines, écrivains.

 

-       Vous avez suivi votre mari en déplacement, lui dis-je ?

Monique se redressa de son siège et me répondit d’un ton ferme, non, pas du tout, c’est lui qui m’a suivi. J’avais un poste dans un cadre diplomatique. Je commençais vraiment à adorer cette femme, sans être féministe, sa réponse me plut vraiment beaucoup. 

Depuis j’ai lu et relu son livre et elle le mien et nous avons lié une amitié singulière par notre différence d’âge mais nous avons beaucoup de points en communs.

Nous revoilà dans la salle des Illustres, Monique est repartit pour saluer la personne chargée du service culturel de Toulouse et se reprendre à boire et à manger. J’aperçois encore au loin sa fine silhouette et ses cheveux blancs qui disparaissent petit à petit de mon champs de vision. Par contre sur ma droite à quelques mètres se trouve encore Dany Laferrière et sur ma gauche je vois Alain qui se rapproche du buffet. C’est lui que je suis venu voir.

Oui, je parle bien d’Alain Mabanckou, l’écrivain né au Congo de Pointe-Noire, qui est arrivé en France à l’âge de 22 ans et qui aujourd’hui vit entre la France et la Californie où il est jusqu’à ce jour professeur à l’université, enseignant la littérature francophone, élu depuis peu au Collège de France. L’auteur de Bleu Blanc Rouge – Et dieu seul sait comment je dors – les petits-fils nègre de Vercingétorix – African psycho – Verre cassé – Mémoires de porc-épic – Black Bazar – Demain j’aurais vingt-ans – Tais-toi et meurs – Lumière de Pointe Noire – Petit Piment et qui sortira très prochainement son nouveau roman une autobiographie Le Monde est mon Langage  … Je le distingue de mieux en mieux. Maintenant il s’approche du buffet, il vient de reconnaître Monique ils se font la bise.

Je reste stoïque car je ne sais pas bien à quel moment je dois vraiment m’approcher pour lui faire la bise, il est rapidement sollicité, d’un autre côté, si je ne vais pas vers lui rien ne va se passer.    

-       Salut Alain !

-       Salut ma grande !

Tout va très vite. On s’embrasse rapidement. Il a l’air content de me voir et je le suis tout autant.

Il me demande si je pense qu’il reste à manger et à boire car il aimerait aller se chercher un verre et goûter aux amuses bouches. Je suis à deux doigts de lui dire, surtout ne bouge pas, je gère, la balle est dans mon camp Amigo, tu vois voir comment j’assure : j’ai juste besoin de m’approcher du buffet, attraper du regard un des serveurs et le tour sera joué. En moins d’une minute tu seras servi et bien servi et tu pourras déguster et ainsi récupérer de l’énergie avant de repartir dans les photos, les interviews, les dédicaces et lectures. Cependant, rien ne se passe comme je l’imagine. Je n’ai rien osé dire et il est déjà repartit.  

J’en suis à ma troisième coupe, à vrai dire je bois rarement, toutefois à ce moment précis le lieu et l’ambiance s’y prêtent. Je suis tout simplement heureuse d’être là et sentir à mes côtés mes deux écrivains estimés, (j’ai bien dit écrivain et non pas écrivaine). Je suis tout de même un peu jalouse de tous ces gens qui les abordent, parce que finalement j’ai toujours cru être une privilégiée. Absolument, j’ai déjà passé des tas d’heures en tête à tête, soit avec l’un ou soit avec l’autre. C’est un privilège de pouvoir se plonger dans la tête d’un Laferrière où d’un Mabanckou à travers leurs écrits, pendant une heure, un jour, des mois, une année et en devenir accro en toute intimité.       

Je continue à absorber du regard ce qu’il y a autour de moi tout en restant sereine car je sais que j’aurais l’occasion de reparler avec Alain au moins pour lui dire au revoir.

Je distingue au loin Patrick Poivre d’Arvor et son frère Olivier. Je l’ai déjà rencontré, salué et j’ai même parlé avec lui lors d’un salon du livre à Saint-Cyr-Sur-Loire. Je savais qu’il serait présent et j’avais l’intention d’aller le saluer mais je reste tout de même collée au poteau. Cet homme souvent critiqué me touche par son histoire personnelle que je comprends tellement bien. Pourtant, j’avais juste à lui dire :

-       Bonjour, comment-allez-vous ? Nous nous sommes rencontrés l’année dernière au chapiteau du livre ! j’ai quelque chose pour vous et lui remettre mon livre. Oui, j’ai pris le parti d’offrir ce premier livre aux personnes qui me touchent car c’est certain, ils ne l’achèteront pas car je suis une romancière inconnue.

 

Maintenant mon regard est attiré par les femmes, surtout les femmes noires, que j’imagine toutes romancières et de brillantes intellectuelles. Le marathon des mots de cette année met à l’honneur « Nova Africa » et une littérature ouverte au monde en hommage à Toni Morrisson, celle qui me donna envie d’écrire, de me raconter. Malgré mes doutes je me sens tout de même à ma place, comme me l’a gentiment dit Monique : tu aurais pu présenter ton livre, il y a pleins d’écrivains noires. Et oui, des écrivains noirs, des écrivains blancs, des écrivains jaunes.

 

A chaque lecture d’un nouveau livre je perçois la couleur de peau qui transpire à travers les pages. La plupart du temps, l’écrivain nous dévoile son Adn.

 

Ma peau est marron clair, je suis métisse, tantôt avec les cheveux bouclés tantôt avec les cheveux lissés. Ma mère les avaient tout simplement crépus.

Ma mère brésilienne aux origines africaines, ma mère qui était adorée, adulée par son père afro-brésilien « Ermidio » qu’elle a perdu trop tôt. Je ne vais pas reparler de ma mère car je lui ai déjà dédié un livre.

Ces deux écrivains à «  l’arôme de café » me transmettent à leur façon ce qu’Ermidio aurait pu me raconter.

 

Je revois Alain bien entouré et à nouveau photographié, Monique faisant partie du cadre. Me sentant mise de côté, j’accoure et Alain Mabanckou me reçoit les bras ouverts.

Il sait bien qu’en général je me mets sur le côté pour me faire discrète de peur de déranger.

-       Allez, une photo avec Nathalie Pragout, dit-il ! il m’appelle Nathalie Pragout et non pas par mon nom d’auteure, Nathalie Maranelli. J’apprécie ça sonne comme Mabanckou. Pragout – Mabanckou . Mabanckou – Pragout. Je devrais peut-être garder Pragout.

 

La séance photo se termine, je sais qu’Alain va repartir vers ses obligations, j’ai tellement de choses à lui dire que je ne sais pas par où commencer et bien sûr je m’enlise dès la première phrase.

 

-       C’était bien ta rencontre avec le président François Hollande ?

Je venais juste de terminer ma phrase que je regrette déjà et je vois bien dans les yeux d’Alain une seconde d’étonnement.

Je me dis en une fraction de secondes que doit-il penser : elle vient me voir et elle me parle du Président. Toutefois il me répond avec un sourire aux lèvres, calmement et poliment.

-       Je l’avais déjà rencontré, il est tout petit.

Embêtée, je souris.

Je n’ai pas vraiment eu le temps de rattraper ma gaffe qu’une photographe interpelle Alain en me poussant « sans faire exprès » avec son épaule et me revoilà sur le côté. En quelques secondes je ne verrais plus que la tête d’Alain avec son super chapeau car il est à nouveau encerclé. Je retourne m’adosser à la colonne.

J’ai découvert Alain à la Grande librairie, il présentait son livre « Lumière de Pointe Noire ». Ce jour-là, je ne regardais pas l’émission mais je l’écoutais car j’ai tendance à faire plusieurs choses en même temps. Sauf quand j’écris. Je n’avais vu ni son visage ni la couleur de sa peau, je l’écoutais simplement. Je me souviens de m’être assise précipitamment devant l’écran et m’être dit, voilà c’est absolument ça. C’est bien ce genre de livre que je souhaite écrire, la vie, je me suis tout de suite identifiée, il racontait son retour à Pointe-Noire après tant d’années d’absence et il évoqua le décès de sa mère, et ses obsèques auxquelles il n’assista pas.  

J’ai longtemps laissé croire que ma mère était en vie. Je m’évertue désormais à rétablir la vérité dans l’espoir de me départir de ce mensonge qui ne m’aura permis jusqu’alors que d’atermoyer le deuil. Lumière de Pointe Noire. Alain Mabanckou.

 

Je ne devrais peut-être pas le dire, cependant j’ai ressenti du réconfort et de la fierté du fait qu’il soit noir.

-       Me suis-je entendu crier : génial il est noir !

 

Oui, j’ai été agréablement surprise, il faut arrêter de se voiler la face, il n’y a pas énormément de personnes de couleurs parmi les écrivains reconnu en France ni dans les médias. Pourquoi ?

Aujourd’hui à Toulouse, à cet instant précis c’est lui qui vient vers moi pour me dire au revoir car il part déjeuner et ensuite enregistrer une émission sur France Culture avec Dany Lafferrière.

-       Ok, bon appétit ! J’y serais.

Pourtant je me doute et je n’irais pas à l’enregistrement. Je me dis qu’il faut que je me détache un peu de mon ami écrivain pour en découvrir d’autres, et surtout au Marathon des mots. C’est le bon jour et le bon moment et je ne voudrais pas lui paraître trop « pot de colle » ou groupie. Bref, je me dis tout ça en continuant à douter, pourquoi me priver de ce moment d’enregistrement entre Mabanckou et Laferrière.

La salle des Illustres petit à petit se vide, Monique et moi prenons notre temps. Les serveurs commencent à déambuler dans la pièce afin de récupérer les coupes vides et les assiettes avec leurs déchets. Je me mets instinctivement à regrouper des assiettes sales et à les rapprocher pour leur faciliter le travail.

Monique surprise me dit :

- Laisse les faire !

- Non, je les aide, quand même.

Je me rends compte que je lui ai peut-être répondu un peu sèchement et je regrette.

Après avoir tendu quelques assiettes et coupes au même serveur celui avec un tatouage tribal sur le cou, je me sens plus légère.

Tout compte fait nous sommes parties les dernières.

Avant de quitter la mairie, nous faisons un détour aux toilettes. Monique tomba tête à tête avec un écrivain qu’elle reconnut et dont elle m’avait parlé à plusieurs reprises. Elle avait lu son livre qui l’avait bouleversé. Drôle de lieu pour croiser celui qui a écrit les lignes qui résonnent encore dans votre cœur. Cela n’a pas l’air de les déranger, ils échangent gaiement et je suis observatrice de ce moment de grâce.  

Nous ressortons de la mairie en nous sentant différentes. J’ai la tête qui tourne.  L’une et l’autre savons bien qu’avant de continuer ce marathon des mots nous avons besoin de reprendre nos esprits, nous poser et échanger nos ressentis.

NM. 

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