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Carcassonne

J’ai troqué la tour-Eiffel contre des remparts, le métro contre de la marche journalière, la Seine contre l’Aude et le Canal du Midi. Le ciel griso…nnant contre un ciel bleu et dégagé mais quelquefois venteux. Je n’ai échangé ni mes amis ni ma famille, j’y tiens précieusement.
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En traversant au quotidien Le vieux pont, j’aperçois l’homme qui fait la manche. Quelquefois, je lui donne une pièce et ensuite il me sourit ou nous échangeons des regards et je lui souris aussi. Moi, je cou
rs toute la journée, lui, l’homme du vieux pont, il lit toute la journée. Le lecteur ambulant est souvent bouffi, ses vêtements sont très usés, ses baskets sont trouées et son énorme sac à dos est déchiré et déborde de vieilleries puantes. Je meurs d’envie de lui demander ce qu’il lit, pourtant jusqu’à aujourd’hui je n’avais osé de peur de rentrer dans son intimité. J’ai peut-être les idées mal placées toutefois il se pourrait qu’il lise un roman érotique, ça le ferait rougir et je rougirais à mon tour.

Il s’installe toujours confortablement au même endroit en utilisant son énorme sac à dos pour poser son dos fatigué. Aujourd’hui le soleil tape de plein fouet sur son crâne nu et déjà cramoisi, lui et moi, savons très bien que c’est de là que la perspective sur la Cité de Carcassonne est la plus belle, que c’est bien là que les peintres posent leur chevalet et que les touristes japonais installent leur pied d’appareil photo. C’est aussi là que les amoureux s’embrassent langoureusement après avoir rapproché leur tête pour un selfie collé, en gardant en arrière-plan les remparts de Carcassonne classés au patrimoine mondiale de l’Unesco.
Il a bon goût ce lecteur bohémien.
- Bonjour !
- Bonjour !
Nous nous sourions.
- Qu’est-ce que vous lisez ?
- Un policier.
Il me répon
d, surpris de l’intérêt que je porte à sa lecture. Gênée j’ouvre mon porte-monnaie, il est vide, je n’aperçois qu’un billet de cinq euros plié en quatre. Maintenant je me retrouve un peu coincée avec mon porte-monnaie ouvert et le lecteur du Pont Vieux qui attend que je lui tende une pièce.

- Tenez !

Avant de saisir le billet il prendra le temps de glisser sa main dans la poche de son jeans délavé et il en sortira des feuilles de papier à rouler qu’il utilisera ensuite comme marque-pages. De ses épaisses mains sales et égratignées, il prendra son temps pour poser avec douceur le livre sur les cailloux polis et enfin, il saisira le billet plié. Il l’ouvrira tête baissée et quand il relèvera, il me remerciera d’un sourire lumineux.

Je continuerai à traverser le pont en contemplant la forteresse, tout en me sentant vulnérable de cet échange avec le bohémien. Je préfère l’appeler bohémien que clochard ou mendiant. Lui qui suit le vent des pages …
NM.

 

 

 

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